Le mouvement des apostats de l’islam : un combat humaniste, pas politique !
Le combat des apostats n’est pas un caprice
En 1944, les Françaises obtenaient enfin le droit de vote. Ce fut l’aboutissement d’un long combat féministe débuté bien avant le XXe siècle, avec des figures comme Hubertine Auclert ou Louise Weiss. D’abord moquées, puis perçues comme subversives, les femmes qui revendiquaient l’égalité ont dû affronter les injures, les ricanements, l’indifférence… avant d’être enfin entendues.
Des décennies plus tard, ce droit est devenu une évidence. Ce qui était un scandale est entré dans les mœurs.
Le mouvement des apostats – celles et ceux qui quittent leur religion, en particulier l’islam – suit aujourd’hui une trajectoire comparable. Longtemps réduit au silence, invisibilisé, criminalisé dans de nombreux pays, ce mouvement commence lentement à émerger dans l’espace public, en France et ailleurs. Mais il reste encore mal compris, souvent instrumentalisé à des fins politiques, ou déformé.
Nous ne sommes pas vos outils politiques
Des partis de gauche nous félicitent lorsqu’on défend la liberté de conscience. D’autres à droite tentent de nous rallier à leurs discours sur l’identité ou la laïcité. Mais ce mouvement n’est ni de droite, ni de gauche. Il est humaniste. Il ne cherche ni à interdire la foi, ni à en faire un prétexte d’exclusion. Il cherche à libérer la parole, à protéger les individus, à rappeler que la foi ne peut être imposée, et que le droit de quitter une religion est aussi sacré que celui d’y entrer.
Nous ne voulons pas devenir le jouet d’aucune idéologie. Nous voulons être libres. Point.
Quand le faciès devient une assignation religieuse
En France, de nombreuses personnes d’origine maghrébine se voient automatiquement associées à la religion musulmane, simplement en raison de leur apparence. Cette assignation identitaire, basée sur le faciès, persiste même lorsque rien n’indique une quelconque appartenance religieuse.

Il arrive fréquemment qu’en boulangerie ou au restaurant, une remarque soit glissée :
« Attention madame, il y a de l’alcool dans ce gâteau »,
ou encore
« Ce plat contient du porc, vous savez. »
Ces réflexes partent souvent d’une intention bienveillante, d’un souci de respect à l’égard des pratiquants. Pourtant, pour une personne ayant quitté la religion, et notamment l’islam, ces remarques peuvent être perçues comme une micro-agression. Elles ravivent un lien qu’elle a précisément choisi de rompre, et rappellent que même en liberté, le regard social continue d’imposer une identité qui n’est plus la sienne.

Moi, Sophia, je ne porte ni voile, ni signe religieux. Et pourtant, mon « faciès d’Arabe » suffit à me ramener à une foi que j’ai quittée.
C’est cela aussi, le poids invisible de l’apostasie.
Nous quittons une religion… mais la religion ne nous quitte pas.
Elle s’accroche à nous, par notre nom, notre apparence, notre origine.
Ce que nous demandons
Nous ne demandons pas la guerre aux religions.
Nous demandons le droit à l’indifférence.
Le droit d’être considérés comme des individus, pas comme des représentants culturels ou religieux.
Nous demandons à pouvoir :
- vivre sans avoir à nous justifier,
- être libres sans être soupçonnés de trahison,
- nous exprimer sans être accusés d’attiser la haine.
Espoir : l’entrée dans les mœurs
Comme pour le droit des femmes, ou celui des homosexuels – autre combat d’émancipation longtemps marginalisé – nous espérons que le mouvement des apostats suivra le même chemin.
Rappelons qu’en France :
- l’homosexualité a été dépénalisée seulement en 1982,
- le mariage pour tous a été adopté en 2013, après des années de manifestations et de haine,
- le droit de vote des femmes est tout récent à l’échelle de l’histoire : à peine 80 ans.
Et pourtant, aujourd’hui, ces droits font partie du socle républicain.
En France, mon apparence, mon faciès, ne devraient jamais suffire à me coller une identité religieuse !
Ce jour-là viendra. Et il ne devra rien à un parti politique. Il devra tout à notre courage, à notre sincérité, à notre humanité.
